Je ne cherche pas à peindre un style.
Chaque peinture est pour moi une tentative de faire coexister plusieurs manières de voir dans une seule image. Non pas les juxtaposer, mais les faire tenir ensemble, malgré leurs contradictions.
Un même corps peut ainsi être traversé par des régimes picturaux différents : expressionniste, illustratif, réaliste… Ces écarts ne sont pas des effets. Ils produisent une instabilité qui met en cause l’unité du sujet et la cohérence du regard.
Je ne sais jamais à l’avance ce que sera l’image. Je travaille à partir de processus, de décisions locales, d’ajustements. Le résultat apparaît progressivement, comme si plusieurs peintres intervenaient sur la même surface.
La peinture n’est pas ici au service d’une image, mais d’une expérience : celle d’un espace instable, traversé de tensions, où plusieurs mondes coexistent sans se résoudre.
Les textes associés fonctionnent de la même manière. Ils ne commentent pas les œuvres. Ils en sont l’écho. Constitués de fragments, de citations, de matériaux trouvés ou transformés, ils prolongent cette instabilité dans le langage.
Il ne s’agit pas de produire des images cohérentes, mais de rendre sensible ce qui, en nous, ne l’est pas.